Ron est le sculpteur de la fragilité, de l'émotion. Ses œuvres sont souvent l'incarnation de nos failles, de nos imperfections, de notre humanité. On est toujours à la limite, les êtres sculptés sont dans un entre-deux qui les rend vulnérables :
- le dernier mois de grossesse où la transformation physique est à son point culminant et laissera bientôt place à une nouvelle vie, ![]() Cliquez sur l'image pour voir la video. La version longue est à ne pas louper ! - les premières heures de la vie du nouveau-né recroquevillé sur le ventre de sa mère, - l’adolescence où l’on n’est plus vraiment un enfant mais pas encore un adulte,
- et enfin l’extrême vieillesse où la vie semble si fragile que l’on sent la mort déjà présente. ![]() |
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Certains critiques d'art ne sont pas très tendres avec Ron Mueck. Ils ne le considèrent pas comme un artiste. Porteraient-ils le même jugement si celui-ci était diplômé en art et non un ex-marionnettiste ? Ils le comparent même avec un certain dédain à Madame Tussaud. D'autres, au contraire, s'enthousiasment devant ses sculptures et louent son talent. Ils l'élèvent au rang de maître en raison de sa capacité à capturer et recréer les détails des muscles, de la peau (veines, rides, barbe de trois jours, grain de beauté sur le cou de la femme enceinte géante de trois mètres, cheveux et poils poncés, sculptés au scalpel puis insérés un par un). Qui croire ? Ron Mueck est-il un artiste ou un excellent technicien ? Ce débat semble d'ailleurs le laisser indifférent. " Je n'ai jamais eu l'ambition d'être un sculpteur […] Je ne sais pas pourquoi je fais ça mais je ne sais pas ce que je pourrais faire d'autre. Je ne me revendique pas artiste, c'est simplement la seule chose que je sais faire " déclare-t-il. Il n'a en effet jamais souhaité quitter le monde de la pub avant que Charles Saatchi ne le propulse sur le devant de la scène artistique ![]() Cliquez sur l'image pour voir la video |
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Alors Ron est un artiste ou non ? J’aurais tendance à faire comme lui c’est-à-dire à ne pas me positionner dans cette polémique. Non pas que je n’ai pas ma petite idée à ce sujet (selon moi, Ron Mueck est un artiste) mais là n’est pas l’intérêt. Au lieu d’entrer dans un débat finalement essentiellement théorique, je préfère évoquer l’émotion que ses œuvres suscitent. Contrairement aux sculptures de ses confrères hyperréalistes John de Andrea et Duane Hanson, celles de Mueck ne cherchent pas à dénoncer quoique ce soit. Ce n’est pas une critique sociale mais plus un hymne à l’être humain, à l’émotion. Un élément fondamental le distingue des hyperréalistes : la taille des sculptures. L’hyperréalisme fonctionne ici comme un trompe-l’œil puisqu’il ne s’agit jamais d’une copie parfaite (c’est toujours beaucoup plus petit ou plus grand que nature). Et c’est justement là que réside l’ingéniosité de ce sculpteur : il crée un trouble, un malaise. Ce familier, si proche de nous, devient étranger, différent. J’ai dit plus tôt, qu’il était le sculpteur de l’entre-deux mais j’ai envie de dire aussi qu’il est le sculpteur de l’inquiétante étrangeté. Ces œuvres convoquent à la fois la réalité et la déformation de celle-ci dans un duo des plus intriguants. On retrouve ainsi le thème du mensonge et de la vérité incarné par la sculpture qui l’a fait connaître : Pinocchio. Ron Mueck n’a jamais fait de la sculpture à taille humaine car il ne trouve pas cela intéressant : « On voit des gens de taille humaine tous les jours ! ». Il recherche davantage à créer une présence à laquelle on peut croire. Mais il aime par dessus-tout que l’on ne soit pas sûr de leur nature : vivant ou pas ? On retrouve ici le même doute voire l’effroi provoqué par Olympia chez Nathanaël dans les contes d’Hoffmann. Est-elle une femme ou une automate ?
Monsieur Mueck avec ses sculptures nous emmènent lui aussi vers l’irrationnel, la douce folie… ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
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