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David Noble raconte que « Johnny », c’est ainsi que ses collaborateurs le nommaient, possédait toujours une scie dans sa voiture. Dès qu’un paysage l’inspirait mais qu’un objet tel un détritus, un bloc de béton le gâchait, il avait la solution pour le cacher. (Encore un tour de passe-passe de cet amoureux du cirque ?) Il camouflait l’objet indésirable en plaçant devant lui des branches d’un rhododendron qu’il allait tailler hâtivement, à l’aide de sa scie, dans un jardin voisin. Ceci explique l’apparition de rhododendrons sur les cartes postales représentant des plages, des marécages et des champs partout en Irlande !
En 1965, John Hinde laissera donc ses photographes réaliser les nouveaux clichés mais son œil expert sera toujours présent pour superviser leur travail.
Le style John Hinde est à la mode. Les concurrents sont relégués à l'arrière-plan. Leurs cartes postales paraissent, par contraste, vieillottes et fades. Cela n'échappe pas à Billy Butlin. Il fait donc appel à John pour réaliser les cartes postales de ses camps de vacances " les clubs Butlin".
A cette époque, comme évoqué plus tôt, John Hinde avait renoncé à prendre les photos lui-même. Edmund Nägele, Elmar Ludwig et David Noble furent donc chargés de remplir le contrat. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils ont été marqués par l'aventure Butlin. Ils en gardent un souvenir proche du cauchemar. Je leur laisse la parole. Les extraits suivants sont tirés du livre " Notre sincère désir est votre plaisir " édition textuel.
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Elmar Ludwig :
"Butlin, c'était sur la fin de ma collaboration avec Hinde. C'est le pire contrat de ma vie, vraiment. Je détestais ces clubs. De vraies prisons. Des grillages, et la nuit ils vous enfermaient. Le matin, il tombait des cordes, et les haut-parleurs vous réveillaient : " Debout, les amis ! Une merveilleuse journée vous attend au club Butlin ! " Ce n'était pas trop mon truc, et sur le plan de la photo, Butlin était tout le contraire de ce que j'aimais. |
Les éclairages posaient des tas de problèmes. Tout au flash. J'ai eu jusqu'à douze lampes autour de moi. Hop ! un faux contact…on touchait une ampoule, on se brûlait, et tout s'éteignait d'un coup. C'était de la folie. On ne nous aidait jamais. Pour une soirée dansante, par exemple, il me fallait l'après-midi pour tout installer, puis j'attendais que les gens arrivent. Il fallait penser à tout et prier pour que tout se passe bien. Pourtant, j'avais l'habitude des photos en intérieur puisque j'avais travaillé en studio, mais avec Butlin, pas moyen de savoir comment les choses allaient tourner."
Edmund Nägele :
" Elmar avait déjà travaillé sur le premier des clubs Butlin, mais le plus gros s'est fait en 1968 et 1969. Les clubs faisaient partie de notre programme annuel. C'était dur, mais j'y ai beaucoup appris. Par exemple, l'installation des gros flashs Bowens. Les ampoules PF100 étaient chères. Il y en avait quatre par réflecteur, et l'on utilisait huit réflecteurs en même temps. Des câbles reliaient chaque unité à un boîtier près de l'appareil. Evidemment, les gens marchaient au milieu de tout ça, alors nous avons acheté des capteurs télécommandés… ce qui a créé de nouveaux problèmes, parce qu'il suffisait qu'un vacancier déclenche le flash de son Instamatic Kodak pour faire partir notre installation.
Pour prendre une photo dans la soirée, on se mettait au travail dès le matin. Il fallait placer et fixer les éclairages, cacher les câbles, s'occuper des capteurs, demander aux animateurs de prendre en charge les vacanciers le temps de la photo. Là-bas, tout était en carton-pâte. On défonçait les murs en tentant d'y planter un clou, et une fois, alors que j'essayais de dissimuler un câble, je suis passé au travers d'un faux plafond. Rien ne tenait debout.
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